Actualité publiée sur le site
Octobre 2006

Les pharmaciens souffrent d'un manque de reconnaissance

Après avoir sondé l'ensemble des médecins, l'année dernière, l'UDF vient de sonder les pharmaciens. De leur formation à la pratique officinale, en passant par leur rémunération et la dernière réforme de l'assurance maladie, 2 437 officinaux ont répondu au questionnaire du parti centriste.

L'Union pour la démocratie française (UDF) vient de rendre publics les résultats de son enquête nationale auprès des pharmaciens d'officine. Sept pages truffées de questions sur la pratique officinale au sens le plus large du terme ont ainsi été adressées à 32 954 pharmaciens pour environ 27 000 officines. Plus de 7 % d'entre eux, « heureux d'être consultés », ont accepté de plancher sur le sujet l'été dernier avant de partir en vacances. S'il fallait encore le prouver, l'enquête de l'UDF montre d'abord que les pharmaciens se veulent acteurs à part entière du système de soins : 95 % estiment qu'ils doivent jouer un rôle dans la coordination dudit système, 97 % dans la mise en œuvre de politiques de prévention et d'éducation pour la santé et 93 % souhaitent justement s'impliquer. Ils se sentent pourtant insuffisamment reconnus par la Cnamts (75 %) comme par les autres professionnels de santé (69 %). Par ailleurs, ils indiquent une dégradation de leur situation financière (87 %), laissant poindre une certaine angoisse quant à l'avenir de leur croix verte.

Un œil critique

Quand l'UDF interroge les pharmaciens sur la réforme 2004, la moitié d'entre eux (52 %) considèrent qu'elle « n'est qu'un plan de plus », voire la perçoivent comme inefficace (26 %) pour réduire le déficit de l'assurance maladie. Vouloir généraliser la dispensation des médicaments génériques pour générer des économies leur apparaît comme « une espérance exagérée » (57 %), et même « sans commune mesure avec les enjeux du déficit » (76 %). Ce qui ne les empêche pas de se sentir en mesure d'augmenter leur taux de pénétration (63 %). A ce titre, l'obligation de substitution serait un bon coup de pouce (82 %). L'augmentation de la taille des conditionnements des traitements chroniques n'est pas non plus une solution satisfaisante pour 84 % des officinaux. La création de la vignette orange n'a pas davantage grâce à leurs yeux (83 %). Quant aux déremboursements appliqués depuis le 1er mars, ils en dénoncent plutôt les effets pervers (81 %) : prescription d'autres traitements plus coûteux et moins efficaces mais orientés vers le remboursement, non-respect des soins par les patients, baisse des ventes, augmentation du nombre de consultations, etc. Près de deux tiers des officinaux (60 %) désapprouvent le principe du panier de soins que proposent certaines mutuelles, comme la perspective d'accords pharmaciens/assureurs pour le remboursement des produits à charge du patient non pris en charge par la Sécurité sociale (71 %). Le développement des ventes de médicaments directement par les laboratoires recueille des avis mitigés (53 % de oui et 41 % de non).

Des propositions

En revanche, les pharmaciens sont favorables à la prescription en dénomination commune internationale (91 %) et souhaitent voir requalifier le concept de service médical rendu (82 %) pour permettre le développement de la médication familiale et de conseils générateurs d'économies pour l'assurance maladie. Ils préconisent la possibilité notamment de renouveler les ordonnances pour le traitement des maladies chroniques ; 71 % d'entre eux pensent qu'il s'agit d'une évolution future probable. 65 % envisagent également la « prescription » de médicaments non listés, ainsi que leur remboursement par la Sécurité sociale. La majorité (95 %) souhaiterait par ailleurs pouvoir consulter le dossier médical personnel et y inscrire les médicaments délivrés ou le refus de génériques par exemple. Enfin, asseoir leur rôle d'acteur de prévention et d'éducateur de santé de proximité est perçu comme un moyen efficace de maîtriser les déficits de l'assurance-maladie (81 %), moyennant rémunération en cas d'atteinte d'objectifs mesurables de santé publique (70 %).

Forte de ces résultats, l'UDF a déposé, mardi dernier, en commission des Affaires sociales, deux amendements au PLFSS 2007. Ils prévoyaient la possibilité pour l'officinal d'établir une dispensation médicamenteuse en cas d'urgence et de renouveler une prescription dans le cadre du traitement de maladies chroniques. La commission les a tous deux refusés. Mais en politique, ça s'en va et ça revient toujours. L'UDF ne baisse pas les bras et entend bien reprendre ultérieurement ces amendements.

Anne-Laure Mercier

Vous pouvez consulter les résultats de cette enquête dans leur intégralité sur le site Internet de l'UDF : http://www.udf.org/actualites/actu_site/2006/consultation_pharmaciens.pdf.

Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site