Biotech santé : 20 000 personnes en France et un potentiel à entretenir
« Pour la première fois, nous avons une idée du nombre de personnes travaillant dans les domaines des biotechnologies en France », expliquait, hier matin, Marc de Garidel, président du comité Biotechnologies du Leem, lors de la présentation de l’étude* « Biotechnologies : Emploi, métiers et formation ». Au moment où un faisceau d’initiatives (pôles de compétitivité, travaux du Conseil stratégique pour les industries de santé, création de l’Agence de l’innovation…) s’efforce d’éviter que la R&D ne perde trop de terrain en France, cette étude apporte une analyse des compétences, des besoins et des formations en biotechnologies. Dans la continuité de « Biomédicaments 2010 » et de l’étude prospective sur les métiers et l’emploi dans les entreprises du médicament dans cinq à dix ans, cette nouvelle étude se veut également force de propositions afin de contribuer au développement de l’attractivité de la France en matière de biomédicaments, et plus largement de biotechnologies.
Les biotech santé en France
Ce sont ainsi quelque 20 000 personnes, soit 20 % de l’emploi pharmaceutique aujourd’hui, qui travaillent dans le secteur des biotechnologies santé en France. Ces effectifs se répartissent entre « big pharma » (55 %) et jeunes pousses (start-up) (45 %). Au niveau des « big pharma », ces effectifs se concentrent pour moitié en production (sites de production de vaccins de Sanofi-Pasteur, site de Serono à Bordeaux, site de Novartis à Huninge ou encore de Novo Nordisk et de Lilly à Fegersheim). Au niveau des jeunes pousses, l’étude recense 251 entreprises de moins de 250 salariés, localisées en majorité en Ile-de-France, suivies par les régions Rhône-Alpes, Aquitaine, PACA et Nord. Il s’agit soit de sociétés prestataires de services et/ou de technologies pour la R&D des « big pharma » soit de sociétés travaillant au développement de leurs propres médicaments.
Expertise multiple
Les quelque 500 formations initiales de bac+2 à bac+8 identifiées dans les secteurs des biotechnologies sont jugées adaptées. Toutefois des disciplines telles que biochimie, biologie cellulaire, immunologie ont besoin d’être renforcées et certaines compétences techniques (séquençage et synthèse, transgénèse, embryologie animale) développées. De même, l’étude met en avant la nécessité de décloisonner les formations, avec l’introduction et/ou l’approfondissement des connaissances capables de faciliter l’évolution des démarches de recherche et d’optimiser le passage à l’industrialisation grâce à la combinaison des expertises clinique/sciences de l’ingénieur/sciences de la vie. Il s’agit par exemple de disciplines telles que la biostatistique, la pharmacologie, la pharmacovigilance, le développement galénique et les brevets. Dans cette optique, l’étude propose de renforcer le maillage des différents cursus existants. Des travaux sont d’ores et déjà initiés afin de réunir une faculté de pharmacie, une faculté de médecine, une université en sciences de la vie et une école d’ingénieurs au sein d’un projet pilote en Ile-de-France.
Par ailleurs, alors que l’évolution rapide des connaissances implique de prévoir une actualisation systématique d’au moins une partie des formations tous les deux ans, le Leem a signé une convention avec l’Éducation nationale pour l’adaptation des formations initiales aux besoins. Deux chartes de recommandations, l’une pour les chercheurs, l’autre pour les techniciens de R&D ont été rédigées et seront diffusées aux écoles et aux universités. Les deux chartes mettent l’accent, notamment, sur la présence de stages en entreprise dans les cursus et soulignent la nécessité d’une localisation des formations au niveau des bassins d’emploi dont les pôles de compétitivité. A également été identifié le besoin de développer les compétences managériales et les capacités d’encadrement d’équipes. Ce deuxième axe est déjà opérationnel et cinq stages de formation continue sont prévus d’octobre à décembre 2005 afin de former les salariés des biotech à la culture « business » et à la culture « médicament ».
Attirer des seniors de la pharmacie
Alors que Manuel Gea, président du groupe Synergies du Leem, souligne qu’aux États-Unis, les créateurs de sociétés de « biotech » sont souvent des « récidivistes », ce cas de figure est peu fréquent en France. Créées sur la base d’un projet concentrant l’attention des chercheurs et des techniciens, les jeunes pousses expriment le besoin pour se développer de disposer de profils seniors spécifiques ayant le même profil que dans la pharma (gestionnaire de projet senior, directeur scientifique, directeur médical, responsable de la propriété industrielle). Se pose alors la question de mettre en place des solutions innovantes permettant d’attirer ces profils vers les petites sociétés de « biotech ». Parmi les solutions évoquées, figure le partage de personnels entre pharma et biotech, avec néanmoins, les questions de concurrence qui peuvent se poser. Enfin, le dernier axe d’action concerne l’adaptation de la responsabilité pharmaceutique à la bioproduction. Emmanuelle Garassino, responsable de l’Observatoire des métiers, de l’emploi et de la formation du Leem, explique que « le diplôme de pharmacien n’est pas le plus adapté pour la bioproduction, ce qui pose la question des quotas règlementaires de pharmacien ». Enfin, une bourse de l’emploi biotech sera créée sur le site du Leem, signale Pascal Le Guyader, directeur des Affaires sociales, de l’emploi et de la formation professionnelle au Leem.
Anne-Lise Berthier
* L’étude « Biotechnologies : Emploi, métiers et formation » a été réalisée par le Leem en partenariat avec le comité Adebiotech et le Club Alfa sur l’emploi dans les biotechnologies. Elle est accessible dans son intégralité en document joint à cet article.
Pour en savoir plus >>> Rapport Emploi Biotech 2005 (Document PDF - 1Mo)