Médecin, pharmacien, patient: parlez-vous en DCI
Après s’être illustré contre la publicité DTC au moment de la révision de la législation pharmaceutique européenne, le Collectif Europe et médicament s’engage maintenant dans la promotion de l’utilisation de la dénomination commune (DC (DCI, dénomination commune internationale, étant l’ancienne appellation)) tant par les professionnels de santé que par les patients (1). Dans cette optique, vient d’être donné le point de départ de la campagne: «DCI, le vrai nom du médicament».
Prévue pour une durée d’un an, la campagne illustrera les avantages de la dénomination commune au moyen de fiches publiées, au rythme d’une nouvelle fiche par mois, dans les éditions des différents partenaires (presse mutualiste, Prescrire, Que Choisir) (2). La première fiche propose une introduction à la notion de DC tandis que la seconde met en garde contre les risques de surdosage médicamenteux à partir d’un exemple illustrant une mauvaise utilisation de médicaments tous à base d’ibuprofène. Pour Jacques Julliard, président de l’Association Mieux Prescrire, «c’est un travail de fond et nous ne nous attendons pas, même sur l’ensemble de l’année de la campagne, à réussir à faire parler les gens en DCI. Mais il faut faire de la pédagogie». Cette démarche pédagogique est d’ailleurs initiée dans les numéros d’octobre des publications de deux partenaires du Collectif. Que Choisir et Prescrire développent ainsi pourquoi «il est temps de changer et d’apprendre ensemble le vrai nom du médicament, qui lui donne son efficacité, la DCI».
En effet, l’objectif, explique Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, est de parvenir à un langage partagé entre médecins et patients. Jacques Julliard renchérit en soulignant que «le patient et le soignant doivent mieux se comprendre» avant de décliner une série d’avantages associés à l’utilisation de la DC (apports au raisonnement thérapeutique, à l’information du patient, du pharmacien, réduire les risques d’incertitudes et d’erreurs, inciter le soignant à se pencher sur les problèmes d’interactions médicamenteuses). «Utiliser la DCI, c’est aussi une voie importante pour se reporter à des sources d’informations indépendantes», ajoute-t-il, appuyant sa démonstration sur la présentation simultanée du dictionnaire Vidal utilisé par les médecins français et du British National Formulary, guide thérapeutique britannique au format poche et basé sur les DCI. De même, les normes OMS prévoyant des bases communes pour la création des DCI. Jacques Julliard estime que «retenir les DCI n’est pas si dur». A titre d’exemple, les DCI des antihistaminiques doivent être affectées du suffixe «astine», les anesthésiques locaux étant gratifiés de «caïne», les bronchodilatateurs dérivés de la phénéthylamine de «térol» ou les antagonistes de l’acide folique de «trexate». En somme, des moyens mnémotechniques simples même pour des non initiés au vocabulaire de la chimie et de la pharmacie… Mais, ainsi que le souligne le vice-président de l’UFC-Que Choisir, en charge des questions de santé, Jacques Mopin, «pour avoir un langage commun, il faut savoir où le trouver et se l’approprier». Comment repérer la DC sur les emballages de médicaments? Là encore, «nous avons besoin d’éduquer le patient pour qu’il apprenne à chercher et à trouver la DCI». Ici, explique-t-il, «notre travail à l’UFC est de faire du lobbying pour obtenir l’affichage de la DCI dans tous les cas».
Si cette démarche suppose d’apprendre un nouveau langage aux patients, il faudra aussi former les médecins à la prescription en DCI. L’UFC-Que Choisir se positionne pour le développement d’outils permettant de parler en DCI et donc, d’avoir ce langage commun dès l’ordonnance. Au-delà des logiciels de prescription en DCI, Daniel Lenoir, directeur général de la Mutualité française, ajoute vouloir «se battre pour que les bases publiques mettent plus en avant le nom des DCI». Par ailleurs, Jacques Mopin se déclare prêt à utiliser les outils du lobbying et précise que des contacts seront pris prochainement avec les pouvoirs publics. L’objectif est simple: «nous voulons que la DCI soit aussi visible que le nom commercial».
Anne-Lise Berthier
(1) Le collectif, créé en avril 2002, regroupe une soixantaine d’associations de malades, de consommateurs, d’organismes mutualistes et producteurs d’informations indépendantes sur le médicament dans 12 pays européens.
(Voir http://www.pharmaceutiques.com/archive/une/date/20020429_ammdtc.html)
(2) Les fiches seront aussi proposées en accès libre sur les sites de Prescrire (http://www.prescrire.org), de l’UFC Que Choisir (http://www.quechoisir.org) et de la Mutualité française (http://www.mutualite.fr).